Le cartable, la blouse et les amulettes

Quand je me suis installé, j’avais deux cartables : un pour les visites standard, qui contenait mon ordonnancier, stéthoscope, tensiomètre, marteau à reflexes, otoscope…etc., et une mallette pour les soins et traitements d’urgence, injectables, ampoules, plus une bouteille d’oxygène, pour les cas graves. A l’époque, pas de tour de garde, pas de maison médicale de garde, chacun pour soi pour tous les jours et le weekend.
Avec le temps et le changement des habitudes, la mallette d’urgence a disparu de mon coffre, ainsi que la bouteille d’oxygène ; j’ai changé plusieurs fois de cartable, et au final, peu de choses me servent, pour de moins en moins de visites à domicile, mon cartable me sert surtout de convoyeur de fond de caisse et de recettes journalières. Il s’est amenuisé et a pris des couleurs, comme ceux de mes confrères et consœurs qui affectionnent le rouge, le cuir ou la toile.
Ainsi va la vie, le Smartphone remplace le Vidal de visite, et les applications médicales les petits carnets de notes personnelles, fini le temps des visites en nuit profonde, où le seul repère était de laisser le porche de la maison éclairé, finis les OAP à 2heures du matin, finies les nuits blanches et les accouchements des matins blêmes.
Ce qui ne change pas, par contre, ce sont les amulettes que les patients nous accrochent, au fur et à mesure du partage de leurs vies, que la maladie soit présente, ou qu’il ne s’agisse que du suivi d’un nourrisson ou d’une grossesse normale.
Chaque épisode devient une histoire intime, chaque nouveau patient une tranche de vie, et être médecin de famille, généraliste des particularités c’est être le confident du corps et des âmes, le garant de la voie la meilleure, le référent du bon usage de la machine humaine.

Parfois lourdes, souvent pleines, ces amulettes sont autant de points d’impacts de la relation que l’alliance thérapeutique crée au fil du temps entre le soignant et le soigné.
Des fois sévère, souvent humain, toujours inconditionnellement bienveillant, le médecin observe, diagnostique, et soigne ; le patient lui donne le droit de faire tout cela, et lui épingle son amulette, souvent sans autre sésame que sa fidélité. Pour le patient, « son » médecin, c’est la personne devant qui on peut se mettre nu physiquement autant que moralement, celui à qui l’on donne le droit de palper, de toucher, de jauger, car on sait qu’il ne juge pas ; il est jugé par le patient, mais reste sans parti-pris, objectif, factuel.
Le cartable s’allège, les amulettes se multiplient, et pèsent leur poids de sourires et de souffrances, d’échecs et de réussites, de vies et de morts.

Une nouvelle docteure s’est installée dans la maison de santé, elle est adepte du port de la blouse, autant pour des raisons d’hygiène vis-à-vis des patients que pour elle-même. Elle s’habille en commençant la journée et retire sa blouse en partant. L’habit marque son état : avec blouse c’est la docteure, sans blouse, c’est elle.

Où ses patients lui accrochent-ils leurs amulettes ?
En reste-t-il accrochées sur ses habits une fois en « civil » ?
Les laisse t’elle toutes sur la patère avec sa blouse ?
Sont-elles moins lourdes sur la blouse ?

Parfois, mon fin cartable me semble si lourd, ma veste si chargée, mon manteau si pesant…

Un jour, peut-être, je mettrai une blouse.

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#IVGcestsondroit

Elle vient par choix, comme beaucoup de celles qui sont déjà passées ici.

Elle vient de loin, parce-que ce n’est pas facile, parce qu’il n’y en a pas beaucoup, parce qu’en fait, il n’y a pas vraiment le choix.

Pour pouvoir exercer son choix, elle a dû sonner aux portes de quatre hôpitaux et d’une clinique, et la réponse était toujours la même : «  le planning est plein, demandez ailleurs ». Jusqu’au dernier appel, qui lui indique qu’à 35 Km de chez elle, peut-être, il y a un médecin qui aura le temps de la prendre en charge.

Alors, elle est venue, de loin, comme les autres, après avoir pris rendez-vous, en bénissant le ciel d’avoir pu en trouver un qui veuille bien, et qui sache faire.

#IVGcestmondroit,  mais ce n’est pas si simple : il faut être sûre, prouver la grossesse, faire l’échographie de datation, et obtenir un rendez-vous chez un praticien formé et agréé par un centre d’orthogénie, tout cela avant 7 semaines d’aménorrhée pour une IVG médicamenteuse « en ville », jusqu’à 9 semaines à l’hôpital, et avant 12 semaines pour une IVG chirurgicale.

Pour le médecin, ce n’est pas simple non plus, il faut faire une formation à l’IVG médicamenteuse (1 journée) pour apprendre ce que les « pionniers »ont inventé avant la loi Weil, et fort du sésame de cette formation, il faut commencer le chemin de croix de l’agrément avec un centre d’orthogénie (ils sont tous débordés, mais un seul sur 4 a donné suite à ma demande dans un secteur de 70km²).

Puis, une fois le centre trouvé, il faut signer avec lui une convention de partenariat, et enfin apparaitre dans leurs fichiers en cas de besoin.

Et pourtant le besoin existe bien (22 actes d’IVG Médicamenteuses en 3 mois….)

Elle est donc là, devant moi, par choix, celui de ne pas poursuivre cette grossesse, celui d’avorter. Elle a apporté son dosage de BetaHcg, son échographie de datation, sa carte de groupe sanguin, et sa carte vitale. Pour elle, c’est la première fois (certaines patientes font cette démarche plusieurs fois) ; elle ne sait pas comment cela va se passer, mais le simple fait d’avoir obtenu le rendez-vous est, en soi, une victoire.

Alors voici comment cela se passe : après avoir vérifié le groupe sanguin et surtout l’absence de risque d’immunisation fœto-maternelle, on détaille la « procédure ». D’abord, et devant moi, prendre 3 cp de MIFEGYNE, puis, dans 3 jours, (selon les protocoles) 2 cp de Cytotec toutes les demi-heures 3 fois de suite, soit 6 cp et rester ce jour-là à la maison, à proximité de toilettes, ne pas rester seule, et ne rien avoir prévu de faire, et de préférence faire garder les enfants si on en a déja. Puis, visite de contrôle à 15 jours, avec nouvelle prise de sang pour juger de l’effondrement attendu du taux de BetaHcg, puis ce sera fini ( en n’oubliant pas de préciser : douleurs, saignements, risque d’échec, risques de complications, ou de rétention).

Donc, pour un choix en libre accès, il faut surmonter les obstacles des rendez-vous trop peu nombreux en hospitalier, trouver l’hypothétique médecin généraliste formé et agréé, faire 2 prises de sang au moins, une échographie, et 2 consultations chez le médecin dont on ignorait jusqu’à l’existence hier, ceci quand il n’y a pas de complications ou d’échec de la méthode.

Alors pas facile, pas simple, et révélateur d’un manque de médecins ou sages-femmes disponibles et disposés à réaliser cet acte.

Révélateur aussi d’un problème plus vaste, celui de la contraception, qui n’est pas toujours, loin s’en faut, adaptée et optimisée par les femmes ; 15 femmes sur 22 n’étaient pas satisfaites de leur mode de contraception, mais comme on ne leur avait pas donné le choix, faisaient avec celle qui leur avait été délivrée, voire imposée. Que le DIU et l’implant ne sont pas encore assez proposés au choix des femmes. Et que ce n’est pas si simple de prendre 1 comprimé tous les jours à heure fixe lorsque l’on n’est pas malade, que c’est difficile d’être la seule responsable de la contraception dans le couple voire dans la famille ; et parce que ce n’est pas juste d’être en plus obligée de subir les conséquences si démesurées d’un oubli somme toute si, prévisible.

#IVGcestmondroit , mais ce n’est pas si simple, hélas.

           2 sans-titre

Contre Voix

-Il parle, énumère ses plaintes, questionne, se reprend, décrit aussi bien qu’il le peut ce qui l’amène. Son dos, là, mais aussi plus haut, et plus bas ; et puis presque de partout. Et à l’examen, peu de choses, il vient pour mal de dos. Il redemande, il comprend qu’il y a peu de choses, il est d’accord, mais quelque chose manque…

-Elle est venue de loin, pour des symptômes mineurs, en apparence, elle me parle de son mal de ventre, de cette sensation de malaise, et du fait de toujours sentir cette pesanteur, là, et là aussi, et qui dure parfois plusieurs jours. Je comprends, examine, ne trouve qu’une sensibilité exacerbée de tout son ventre. Il y a du non-dit, mais qui ne vient pas.

-L’adolescent souffre, il a des larmes qui lui montent aux yeux lorsque je lui demande ce qui ne va pas. Il ne dit rien, rien que «ça ne va pas bien», juste ça. Il est avec sa mère, qui parle à sa place souvent et raconte leur vie à la maison rendue impossible à cause de cet ado qui traine son mal être. Il baisse les yeux, puis relève la tête, va parler, et puis non, à quoi bon.

Le but d’une dictée d’accords est de faire ressortir les notes qui se cachent dans ce qui est joué, et de découvrir ainsi comment leur assemblage fait naître un son différent de celui de chacune des notes séparées. Différent, mais composé par elles. Chacune des notes est une facette de l’accord; en les isolant, on arrive à décortiquer l’aspect global en un assemblage simple d’unités élémentaires.

L’accord est harmonieux si les notes qui le composent forment un tout. Il sera dissonant si est incorporée à lui une note étrangère, qui va perturber son équilibre (En harmonie tonale, une note étrangère ou note ornementale est une note qui ne fait pas partie d’un accord tout en étant reliée mélodiquement aux notes réelles d’un accord).

La globalisation, c’est aussi déconstruire la façade qui nous est proposée par le patient, pour en voir toutes les facettes, comprendre le patient et pas uniquement sa maladie, créer avec lui une alliance thérapeutique par sa compréhension de notre inconditionnelle bienveillance. Entendre et reconnaitre les sons cachés participe à la prise en charge centrée sur le patient, qui fait toute la valeur de la Médecine Générale.

-Elle est revenue, avec son mal de ventre, et à présent, les questions deviennent ouvertes. L’ornement de son mal être s’expose, elle parle, se raconte, se confie presque. Depuis cette IVG, depuis cette grossesse non désirée, depuis sa mère qui en a fait 6 et à qui elle ne voulait pas ressembler. Depuis son mari qui l’a laissée décider seule, mais qui ne l’a pas accompagnée. Juste retrouver les notes dans l’accord, et repérer la dissonance. Le ventre fera moins mal, et elle sait pourquoi.

-L’adolescent est revenu seul cette fois-ci. Il parle de son père qu’il a très peu connu, de son beau-père très autoritaire, de sa mère qui ne veut pas perdre ce nouveau conjoint, et du bébé qui va arriver. Il parle, et j’entends les notes se détacher l’une de l’autre.

-Son dos lui fait toujours mal, mais il a décidé de se raconter, et de parler de ses conditions de travail, du rythme sur la chaine à l’usine, des diplômes qu’il n’a pas et de l’avenir qui lui parait si difficile avec l’âge qui avance. Il pense qu’il devrait se recycler, quitter cette usine, ce travail et réaliser son rêve de devenir cuisinier.

En harmonie tonale, un accord désigne une combinaison d’au moins trois notes simultanées formant un tout

Un accord non classé est appelé «agrégat»

La dictée d’accords est une façon de faire parler celui qui n’a pas de voix

 

[

 

 

 

TANGO

Cela commence par un coup de téléphone, par une voix un peu inquiète, qui vient aux renseignements : « bonjour, je suis interne en Médecine Générale, et souhaite effectuer mon stage chez vous. Pouvez-vous m’indiquer comment vous travaillez ?».
La voix, le ton, l’envie.
Suit l’historique du cabinet, de la MSP (Maison de santé pluri- professionnelle), le type de patientèle, les horaires, etc… Plus on avance dans la présentation de ma vie professionnelle, plus je sens son envie de la partager monter, et son intérêt croître. A son tour : c’est une fille, et elle a pas mal « tourné » (comme elle dit) dans les services de gynéco, de pédiatrie et d’urgences. Elle veut être généraliste par choix et pas par défaut. Elle n’est jamais allée dans un cabinet de médecine générale en dehors de celui de son médecin traitant. Le courant passe plutôt bien, et la date de la première rencontre est fixée.
C’est ma première interne.
J’ai déjà encadré des étudiants en tant que MSU (maître de stage des universités), mais c’étaient des externes, étudiants en médecine entre la 4éme et la 6éme année de leurs études, juste avant le concours « de la mort » : l’ECN (examen classant national). Cette fois, c’est sa 9éme année de médecine, et elle pourra commencer les remplacements dès la fin du stage, et s’installer l’année suivante.
Pression ? Partagée, je pense.
Trois phases intriquées vont se mettre en place :
–Phase d’observation active du MSU par l’interne utilisant des supports d’observation
–Phase de supervision directe : Le MSU observe.
L’interne s’auto évalue. Les deux font des rétroactions.
–Phase de supervision indirecte. L’interne consulte seul. Il s’auto évalue puis travaille avec le MSU en supervision indirecte

Je vais donc être observé, puis observer, puis essayer d’imaginer ce qui s’est passé dans mon cabinet, entre « mes » patients et «mon» interne, et mélanger ces 3 «modes» de fonctionnement jusqu’à ce que «je» la sente autonome..
Vais-je savoir le danser, ce tango ?

On se tutoie, on se vouvoie ?
On se fait la bise, on se serre la main ?

Entre donc, mets-toi à l’aise dans mon «chez-moi» professionnel, laisse-moi te guider dans tes premiers pas de docteure en titre, vois, regarde bien, et surtout, critique.
Marche bien dans ma trace avant de faire la tienne, suis mon rythme avant de créer le tien, je te tiens bien, tu ne risques rien.
Objecte, argumente, sors tes référentiels et tes recommandations, penche toi de côté, tend mieux ce bras.
Comprends que lorsque tu auras touché le fond de ton incompétence, tu commenceras à apprendre la Médecine qui n’existe pas dans les livres mais dans le vécu ; cabre-toi sur ce diagnostic nul, et révolte-toi contre cet examen clinique incomplet ; mais montre-moi comment tu pourrais mieux faire.
Débriefons, récapitulons, re-contextualisons, du même pas, dans la même rythmique ; apprends, refait, reformule, danse !

Je te prête mes outils, bientôt, tu les trouveras dans les tiroirs sans même les chercher ; je te confie mes «précieux» patients.

Et, pour finir, sors de la trace, fais la tienne, sur la neige fraiche de ta future vie, apprends de tous, et un peu de moi, garde les odeurs, les sourires, l’empathie ; oublie les avides, les pointilleux et les procéduriers, danse un peu seule, pour voir…

J’ai mené cette danse, tu mèneras les tiennes, avec l’envie de bien faire que je sais ; et un jour, dans 1 an, ou plus, tu apprendras à un jeune « je sais tout mais rien encore » à danser sur une autre partition.

Oublie-moi, mais reviens quand tu voudras, tu connais le chemin.

BABEL

« L’art de parler et d’écouter est au centre de la relation soignant-soigné ; l’interrogatoire doit être poli, respectueux, intéressé, attentif, centré sur le patient, compatissant ».

«  Laisser les patients parler avec leurs propres mots, ne pas les interrompre, écouter plus, parler moins et interrompre rarement».

Aucun examen complémentaire ne peut dispenser le médecin du temps qu’il doit prendre pour interroger un patient.

Le malade peut, consciemment ou le plus souvent inconsciemment, brouiller les cartes, oublier un épisode du passé, interpréter les choses de manière erronée. Il ne faut prendre en compte que les faits, et donc s’attacher à les faire décrire par le patient.

« Ecoutez le malade, il va donner le diagnostic »

Sir William Osler (1849-1919)

Vécu 1 :

Bonjour, docteur, je vous présente mon père, K., qui se plaint de brulures urinaires quasi-permanentes et de difficultés pour uriner. Il est à la maison pour 3 mois, ne parle pas français, et je vais vous traduire. (La jeune femme qui parle porte un voile sur les cheveux, visage découvert, mais long manteau de tissu qui descend jusqu’aux pieds). Par contre, il ne veut pas que je regarde si vous l’examinez, il est très pudique, et en Turquie, les femmes ne sont pas habituées à assister à ce genre de consultations. Mon père est veuf, et il n’a que moi ; vous pouvez nous recevoir ?

Parler devant sa fille de ses problèmes urinaires est un obstacle que ce monsieur de 70 ans a dû surmonter pour pouvoir se faire soigner, et l’interrogatoire, difficile, restreint, mais fructueux a permis, de « poser » le problème. L’examen, a été réalisé avec le patient allongé sur la table, sa fille assise dos à nous, et qui traduit dans les deux sens. Pas beaucoup d’échanges, mais un diagnostic et un résultat.  Quant au vécu du patient, Mystère.

Vécu 2 :

Ma mère est en cours d’installation en France, et ne parle que chinois, mais je vais vous expliquer ce qu’elle ressent, et vous pourrez la soulager, docteur. Par contre, elle n’a pas l’habitude qu’on l’examine, et ne souhaite pas être touchée physiquement. Pouvez-vous nous aider ?

Des ricochets de questions, courtes, fermées, directes, et un examen sur une des poupées du cabinet, pour montrer là où cela fait mal, voilà tout ce qu’l a été possible de faire ce jour-là. La patiente bien serrée dans son manteau, par peur ou par habitude, ne semblait pas choquée de ce type de consultation. Son ressenti ? Mystère.

Vécu 3 :

Ma femme est malentendante, et nous venons d’arriver dans la région. Je signerai pour vous expliquer ce qu’elle dit, et je lui signerai vos réponses. Nous avons déjà vu un autre de vos confrères, mais cela semblait le gêner de procéder ainsi, alors nous sommes venus vous voir.

Un ballet de gestes, de pointage de doigts, de signes se développe dans l’espace entre l’interprète et la patiente, ils se regardent, et leurs visages, leurs corps et leurs mains s’expriment en même temps. Leur prise en charge de l’autre dépasse le lien visuel, et prend l’autre en globalité.

Qui choisit qui ?

Sont-ils venus par choix, par carence ou par défaut ?

Comment créer une relation, une alliance thérapeutique si on ne communique pas ?

Comment communiquer sans la même parole, ou sans la même culture ?

Comment savoir comment le patient a vécu la relation si on ne sait même pas s’il a compris ce qu’on lui a si mal dit ?

Quel est le statut de l’interprète, son degré de confidentialité ?

« Les recherches en termes de communication adaptée sont éparses, peu organisées d’un point de vue interdisciplinaire et font souvent l’objet, dans l’action sociale et médico-sociale, de « bricolages » certes inventifs et honorables mais peu reconnus et valorisés, parfois sans lien avec les recherches académiques. Pourtant, ce champ de connaissances serait profitable, au-delà de ceux qui ne parlent pas, à tous les membres d’une société qui se posent la question d’une éthique de la discussion ».

Ceux qui ne parlent pas : les personnes avec déficiences multiples et fortes limitations de communication. VIE SOCIALE, 2013/07, n° 3, 191p.

« La chose la plus importante en communication, c’est d’entendre ce qui n’est pas dit »

Peter Drucker (né en 1909)

Marie-Thérèse

« C’est toujours le même prix, les visites, docteur ? »
Dit-elle en essayant d’attraper les pièces qui résistent à sa pince arthrosique pouce-index tordus par la vie pas facile et les aléas de son existence.
Elle en a vu, en a subi, en a bavé, la vieille dame.
Son mari, alcoolique, cogneur, rapide au lit et lent au bar; ses fils, jaunes du blanc de l’oeil, mais rouges des pommettes; et surtout sa fille, mariée, mère, mais divorcée, en couple lesbien, pour des raisons qui lui échappent. ..Comment se rebeller contre ce qu’elle a accepté de subir?
Dans sa petite maison, au sol en terre battue, avec sa cuisinière qui fait aussi le chauffage et dont elle « éclaire » le feu tous les matins en se servant de la pile de journaux qui s’amoncellent sur le vieux buffet, je vais la voir, régulièrement, pour essayer d’adapter un taux de coagulation improbable, en essayant d’ignorer le dessus de table poisseux, l’assise de chaise thermosensible, et les chats qui profitent, dans la poêle des reliefs incertains d’une volaille hors d’âge.
Pliée en deux, elle se lève, allume la lumière éteinte jusque là par économie,et demande toujours combien elle me doit en sortant ses pièces jusqu’à ce que je lui affirme que le tiers payant, pour elle , marchera toujours.
Mais, Marie-Thérèse, là, elle ne comprend plus. Madame la Caisse refuse de prolonger sa prise en charge à 100% parce que son cancer et son embolie pulmonaire datent de trop longtemps, et qu’elle n’a pas été faire de visite chez les spécialistes. .. »mais vous savez bien , vous, hein, docteur ? »
Et comment je vais faire pour les médicaments et les analyses?
Et puis sa fille elle vient de rompre avec sa « copine » alors, « même chez eux cela se fait de se séparer?  »
Chaque fois que je peux, j’apporte une petite tarte, un gâteau, une quiche, quelque chose. Juste pour elle, ou pour moi.
Les temps changent, madame Marie-Thérèse, mais le fond du fond est toujours présent.
Finalement, même si aller en visite est un devoir, quand j’en sors, c’est moi qui ai pris une leçon de vie. Et la mienne me paraît plus belle.

Coopérance

 

Coopération et Espérance sont les maîtres mots de ce modeste billet qui témoigne de mon interrogation sur les places de chacun et de chacune dans les soins de premier recours, tels qu’ils sont établis dans les référentiels métiers des professions de santé par rapport au vécu, souvent douloureux de ceux qui les pratiquent.

Suite aux manifestations de nos consœurs Sages-Femmes, et à leurs revendications légitimes, je me suis demandé quelle était la place de chacun dans le parcours de soins d’un individu standard résidant en France, et quel était le « cœur de métier » de chacune de nos facettes de professionnels de santé.

Pour cela, un petit ouvrage : -« Référentiels Métiers et Compétences »  disponible ici : http://boutique.berger-levrault.fr/sante-social/ouvrages/ressources-humaines/referentiel-metier-et-competences-commun.html,

 et les sites des différents ordres :  – http://www.conseil-national.medecin.fr/sites/default/files/cnpmetiermedecin2007.pdf

http://www.ordre-sages-femmes.fr/NET/img/upload/1/666_REFERENTIELSAGES-FEMMES2010.pdf

Aussi étonnant que cela puisse paraitre, les métiers de Sage-femme, de Médecin généraliste, et de gynécologue-obstétricien sont  regroupés dans le même ouvrage, témoignant du rôle important de ces trois personnages dans la Médecine de premier recours.

L’état des lieux n’est guère reluisant : le corps médical vieillit, la population  médicale se raréfie, et les gynécologues sont de plus en plus obstétriciens. Les Sages-Femmes sortent de l’hôpital et revendiquent leur place d’actrices de premier recours dans la gestion de la santé des femmes.

Où est le problème ?

Quelles sont les compétences de chacun ?

Statistique : « les femmes de 16 à 64 ans consultent le médecin généraliste plus que les hommes. Elles représentent 58% des consultants du médecin généraliste alors qu’elles sont 51% de la population française. Cette différence s’explique pour l’essentiel par les problèmes liés à l’activité génitale avec la contraception et les grossesses, mais aussi par l’espérance de  vie plus longue des femmes » (référentiel mgform.org). Elles s’orientent préférentiellement vers les femmes médecin.

Dans le menu des compétences des médecins généralistes existe un item : « assurer le suivi d’une femme aux différentes étapes de sa vie ».

Les Sages-femmes, depuis l’Egypte ancienne (mariage à 15 ans, 8 à 10 enfants et sages-femmes prêtresses), gérées par ISIS-HATHOR, maitresse sage-femme de l’équipe obstétricale divine ; puis dans la Grèce antique , médecins des femmes et des enfants( traité post- hippocratique des « maladies des femmes fut écrit par une sage- femme) ; encore chez les Hébreux qui ne permettent pas aux hommes de soigner leurs épouses, les sages-femmes étaient une corporation ; la Rome antique, les « Maïa » étaient organisées en corps de métier, et ont rédigé un traité d’obstétrique ; enfin, dès le 17éme siècle, la communauté des sages-femmes est reconnue, sous l’égide de Madame de Coudray, l’enseignement de l’obstétrique en est transformé ; depuis 1973, les études de sage-femme deviennent indépendantes des autre professions de santé. Depuis 2011, 4 ans de formation, concours de PAES obligatoire pour entrer en école.

Dans leurs compétences, on trouve : « l’exercice de la profession de sage-femme peut comporter la réalisation de consultations de contraception et de suivi gynécologique de prévention chez des femmes en bonne santé, sous réserve que la SF adresse la femme à un médecin en cas de situation pathologique », les sages-femmes sont autorisées à pratiquer des vaccinations aux femmes et aux nouveau-nés, à réaliser les frottis, et à prescrire les contraceptifs oraux intra-utérins, diaphragmes et capes, et à les poser, les changer et les surveiller.

Les gynécologues-obstétriciens étant autorisés aux mêmes suivis et gestes techniques, je ne m’y attarde pas.

Où est la différence ?

N’y aurait-il pas assez de patientes pour les sages-femmes et les généralistes ?

J’espère avoir apporté les arguments qui autorisent nos deux professions à suivre les femmes en bonne santé, et suis persuadé qu’il ne faut enfermer aucun dans un cadre trop strict :

–          Le médecin généraliste ne doit pas être que l’expert du diagnostic dans le cadre du pathos, mais peut et doit suivre la population bien portante, quel que soit son sexe. Il peut et doit faire de la prévention, du suivi, et des actes de santé publique. A ce titre, ses compétences en matière de suivi des femmes bien portantes ne doivent pas être remises en cause.

–          -Les sages-femmes ont le droit et les compétences pour le suivi des grossesses, en ville ou à l’hôpital, le déroulement de l’accouchement avec notamment leur participation à l’analgésie locorégionale, et le suivi du post-partum de la mère et de son enfant ; de plus, elles ont les compétences pour le suivi de la femme en bonne santé et ont leur place dans les services d’orthogénie, de gynécologie, et de procréation médicalement assistée. Elles ont une obligation de formation ( DPC obligatoire).

Dans toute relation humaine, il y a des rencontres, parfois bonnes, parfois moins.

La patiente choisit avec qui elle veut faire un bout de sa route, et parfois, change en chemin la main qui lui est tendue.

La Médecine de Premier Recours est représentée aussi bien par les sages-femmes que par les médecins généralistes.

 Travailler ensemble, pour la Santé de nos patients, c’est mon Espérance dans notre Coopération pour une Alliance qui existe depuis déjà si longtemps…

 

 

De vous à moi, je vous l’avoue,

Il y a des jours où vous pesez vraiment plus lourd que d’autres. Vos demandes, vos incompréhensions répétées, vos discours de justification, vos atermoiements pour vous laisser convaincre que la bonne solution pour vous serait de vous prendre un peu plus en charge et ne pas laisser toujours les mêmes vous tirer en avant pour votre bien le plus personnel me portent un peu sur le système.

Ces jours-là, vous m’êtes pénibles à côtoyer, à toucher, à envisager même. Le seul fait de savoir que vous allez revenir me poser toujours ces mêmes questions, auxquelles je ne peux apporter que de pauvres éléments de réponse, me désole.

Votre incommensurable disposition naturelle à envahir la salle d’attente jusqu’à la dernière minute de la consultation, à remplir le lundi matin toutes les plages de rendez-vous en 15mn, et de déborder sur les jours suivants, votre étonnement lorsque je vous indique que, compte tenu du nombre de problèmes posés, il aurait mieux valu prendre rendez-vous, tranquillement, au lieu de faire ressembler ma consultation à la queue d’une caisse de super marché un samedi matin tout cela m’est pesant.

En réalité, ces jours-là, vous me stressez, m’indisposez, me gênez.

Mais pourquoi donc ce ressentiment ? Pourquoi vous en voudrais-je à ce point ? Qu’avez-vous fait de mal ? Est-ce vous ? Serait-ce moi ?

Au tout début de notre relation, tel un propriétaire consciencieux de son cheptel durement gagné, je vous ai pris en charge, coachés, dorlotés, ai fait plus qu’il ne fallait, plus que vous ne m’en demandiez. Pas d’horaires, peu de limite jour/nuit, pas de rajout d’honoraires pour des actes dont la cotation m’échappait. Beaucoup venaient chez moi et j’étais présent pour tous.

Mais cela ne vous a pas empêchés, bande d’insoumis, de guetter mes manques, et ma fatigue, mon abnégation ne résistant pas devant votre appétit, mes lacunes se voyant d’autant plus que mes horaires s’allongeaient.

Alors, j’ai essayé le virage à 180° : « Quelle est la LOI » ?, « seule la Loi s’appliquera » ! A force de recommandations, de parapluies ouverts, de retranchements derrière les « bonnes pratiques », je vous ai fait passer, de Cheptel à usagers, et moi de Médecin trop empathique à prestataire de services.

Vous l’avez vu/senti/perçu, Oh mes patients! Vous avez remarqué ce changement que je souhaitais « prise de conscience » ; mais vous l’avez transformé en guide de consommation du prestataire de services médicaux vous m’avez pris à mon propre jeu, et vous aviez raison.

Je vous en ai voulu, oui, voulu. Me faire passer pour un prestataire de délivrance d’ordonnances et de diagnostics, froid et calculateur, comptant les items et les scores, sans âme, ni cœur.

Bien trompé, je me suis ! En voulant me préserver, je m’étais perdu. Ce qui faisait la gloire, l’honneur et la joie de mon « métier », était devenu une course  bien encadrée dans les rails de la bonne pratique.

Et cela ne m’a pas plus plu.

Pourquoi ?, comment ?, que faire ?

Toujours sur le métier, j’ai reposé mon ouvrage, et suis revenu à mes basiques (aidé en cela par ma casquette de « maitre de stage » qui m’a aidé à me poser les vraies questions). Pourquoi ce métier, qu’y chercher ? Que puis-je apporter ? Quels sont mes bons et mes mauvais côtés ? Mes atouts et mes manques ?

Reconstruire, retisser, reprendre, recommencer.

Les patients viennent chez leur « médecin de famille » parce qu’il est Médecin, bien sûr, avec ses compétences mais aussi parce que c’est Lui, et qu’avec Lui, on va pouvoir dépasser le stade du « prestataire  de services médicaux » pour entrer dans une dimension humaine, voire humaniste. Lui, on peut lui parler, lui dire ses manques et ses doutes, ses peurs et ses joies, et la façon dont il va trier, gérer, compiler et analyser, et bien c’est Son problème.

J’ai cherché le patient idéal, la patientelle bénie, mais j’avais oublié que je n’étais pas, de loin le meilleur médecin possible, et que je ne le serai sans doute jamais.

J’ai exigé, réclamé, et mis sur le dos des gens mes propres maux en les accusant d’en être la cause.

Bien sûr, vous n’êtes pas parfaits, qui le sera ?

Bien sûr, je ne sais pas tout, mais qui le prétendra ?

J’ai  fait « facile », et c’était une erreur.

« Lorsque l’on touche le fond de son incompétence, c’est là que l’on commence à apprendre la Médecine qui n’est écrite dans aucun livre ».

De vous à moi, je vous l’avoue, j’ai douté de vous, parce que j’avais trop peur de douter de moi.

C’est fait, je mixe mes peurs et les vôtres, mes connaissances et vos problématiques et, ensemble, on peut regarder en avant.

Ne vous déplaise, sans même danser la Javanaise, je vous invite à me dire tout simplement ce qui vous amène ici aujourd’hui.

Venez, n’ayez pas peur, je sais ce que c’est.

 

To click and let Die

Dans un ordinateur digne de ce nom, on installe des logiciels.

Lorsque l’on est Médecin, et que l’on travaille sur ordinateur, on a un logiciel métier, dit « logiciel médical », qui organise le fichier patient, les dossiers, les résultats d’examens complémentaires,  les comptes rendus de consultations de spécialistes, parfois l’agenda, et aussi la comptabilité.

Les meilleurs logiciels permettront l’analyse fine des « recherches multicritères », amenant le pauvre novice en informatique à pouvoir sortir, en temps réel, une recherche sur tous les patients, âgés de plus ou de moins de tel âge, ayant eu, au cours, décours, de la consultation ou de l’ordonnance, tel ou tel item, ou produit, ou demande, ou…. Etc. Pour peu que le dossier soit renseigné, la machine travaille et sortira une stat. Une évaluation, et bientôt, une justification du bien-fondé de la pratique du médecin qui sera devenu, au passage, statisticien, en plus de ses autres et multiples casquettes, non offertes, payantes, et non reconnues par le commun des mortels.

Mais dans mon logiciel, il y a…Mais dans mes possibilités, je peux…Enfin, j’ai par hasard trouvé… un icone. L’Icone des listes : liste des patients, des patients d’un jour, des nouveaux patients, des patients m’ayant choisi comme Médecin traitant, et,… la…liste des patients décédés. Jamais je n’aurai du aller cliquer sur cette ligne. Jamais cet icone n’aurait dû attirer mon attention, mais tel Pandore et sa boite, d’un index hésitant, j’ai visé, allongé, pointé, et … Cliqué.

Surprise : je peux les pré-visualiser, les imprimer, les copier dans un macabre bloc-notes,  ou dans un presse-papiers, sorte de compresseur de cadavres virtuels pour ordinateurs compatissants.

Et là, premier choc : 105 décès en 24 années d’installation, soit 4,375 par an, soit ~1 tous les trimestres… claque !

Bien rangés, dans un ordre tout alphabétique, des tranches de ma vie et de leur mort se suivent, ligne par ligne, égrenant deux décennies de Médecine de Famille.

Du pendu, à la mauvaise chute, de l’accident de voiture à l’électrocuté, les accidents et incidents terribles de la vie se succèdent, avec leur pesant d’hémoglobine et de sueurs froides.

L’attente du SMUR, qui est toujours trop longue quand on masse, l’intubation à genoux dans la boue près de l’étang, le petit être qui n’a pas résisté au passage du 38 tonnes…

Du patient en fin de course qui sourit gentiment en me faisant promettre de consoler sa femme qui va être perdue sans lui ; de celui qui savait bien ce qui se passait et qui fanfaronnait jusqu’au dernier moment, et qui serre très/trop fort ma main en me disant au revoir avant de monter dans l’ambulance; de celui qui a choisi, et qui veut juste ne pas trop souffrir si c’était possible.

De celui dont la fin surprend, sur un compte-rendu de papier froid ; de celui dont on se dit qu’il ne souffre plus ; de celle qui, fatiguée et déçue de se retrouver seule sans son « papy » se laisse aller jusqu’à n’en plus vouloir ; du jeune homme chez qui la découverte du diagnostic a redressé mon égo, et dont la mort l’a enfoui profond.

Celui que je ne connaîs pas, sur une bande d’arrêt d’urgence, sous sa couverture de survie, au petit matin, à peine réveillé dans ma tenue de Médecin Pompier.

De celui dont la mort révolte, parce que… l’on n’y peut rien.

De celui que la mort révolte, parce que peut-être on aurait pu quelque chose

De celui que j’appréciais, de celle que je n’aimais pas, mais qui me faisait confiance.

De celui que j’ai raté, de celui que j’ai géré.

Celui avec son accent du sud, l’autre qui criait tout le temps.

La vieille prostituée, le jeune cadre; l’artisan, le maçon; le lourd, le squelette…

Celui-ci m’a tenu la main jusqu’au bout, celui-là, je n’ai pas pu.

Cette fois-là, il faisait jour, cette fois-ci, c’était la nuit.

« Tu vas le sauver, mon papa, hein ? »

Il faut appeler le 15, là c’est grave…

Ne bougez pas j’arrive…

C’est mieux pour lui…

Merci, docteur…

105…

 Chacun d’entre eux m’a formé, m’a appris, m’a rendu, chaque fois plus humble.

105…

 

 

INTERFACE

La journée se termine. Journée pleine, lourde, parfois tendue, mais journée habituelle de consultations, visites,  et journée Médicale surtout.  Elle veut s’échapper, je l’ai  bien trop longtemps retenue.

L’ordinateur finit de transmettre les feuilles de soin, le calme s’est installé dans la salle d’attente, puis dans la salle de soins, et enfin dans le bureau.

Sur le bureau, des papiers, des notes, des choses à faire, à lire, à scanner, à mémoriser pour la prochaine fois. Les mains se lavent, machinalement, sans hâte, pour rompre             avec le rythme soutenu des heures précédentes, et l’esprit s’envole.

Combien de peaux touchées, combien de ventres et de cous palpés ; combien de cœurs et de poumons écoutés… Combien d’histoires, de sous-entendus, de partages de vies ; combien de négociations, de décisions, d’explications, de sourires, de froncements de sourcils, et de pincements de lèvres ?

Combien de misères et de joies vécues par procuration, combien de petits bébés examinés, pesés, piqués , combien de vieux corps testés, combien de résultats lus, commentés, discutés, expliqués ?

 Des images, des sensations, enregistrées mais pas retenues, remontent petit à petit. Ce parfum sentait vraiment bon, cette robe lui allait bien, vraiment ; ce torse a du beaucoup fréquenter la salle de musculation. Ces chaussures sont ravissantes, et cette bague a du coûter une fortune au gentil donateur, quant à cette fameuse jupe trop courte….

La pression retombe, les gestes redeviennent naturels, plus lents, moins dirigés.  La faim oubliée jusque-là se fait à nouveau sentir. Les échanges de la journée ont été bons, fructueux, amusants parfois, utiles j’espère. Dans ces tranches de vie, il y a eu de la comédie, un peu de drame, de la joie, et peu de larmes.

 La mue s’opère. Peu à peu, la peau du jour du « bon docteur » se déchire, enlevant un peu de poids, les sons, les voix, les bruits de la consultation s’estompent, laissant place au chant des oiseaux. Tout semble retenir son souffle, ne pas vouloir prendre trop de place, laisser faire le moment, pour que le « passage » se réalise comme il faut.

Les lumières s’éteignent, une à une, le soir tombe déjà. Dehors, cela sent bon la chaleur et l’été qui approche.  La transformation est faite, l’interface est passée. Laissant au fond de son cartable le « Monsieur le Docteur », je rentre dans ma maison, redevenir  « Monsieur Tout le Monde ».