Contre Voix

-Il parle, énumère ses plaintes, questionne, se reprend, décrit aussi bien qu’il le peut ce qui l’amène. Son dos, là, mais aussi plus haut, et plus bas ; et puis presque de partout. Et à l’examen, peu de choses, il vient pour mal de dos. Il redemande, il comprend qu’il y a peu de choses, il est d’accord, mais quelque chose manque…

-Elle est venue de loin, pour des symptômes mineurs, en apparence, elle me parle de son mal de ventre, de cette sensation de malaise, et du fait de toujours sentir cette pesanteur, là, et là aussi, et qui dure parfois plusieurs jours. Je comprends, examine, ne trouve qu’une sensibilité exacerbée de tout son ventre. Il y a du non-dit, mais qui ne vient pas.

-L’adolescent souffre, il a des larmes qui lui montent aux yeux lorsque je lui demande ce qui ne va pas. Il ne dit rien, rien que «ça ne va pas bien», juste ça. Il est avec sa mère, qui parle à sa place souvent et raconte leur vie à la maison rendue impossible à cause de cet ado qui traine son mal être. Il baisse les yeux, puis relève la tête, va parler, et puis non, à quoi bon.

Le but d’une dictée d’accords est de faire ressortir les notes qui se cachent dans ce qui est joué, et de découvrir ainsi comment leur assemblage fait naître un son différent de celui de chacune des notes séparées. Différent, mais composé par elles. Chacune des notes est une facette de l’accord; en les isolant, on arrive à décortiquer l’aspect global en un assemblage simple d’unités élémentaires.

L’accord est harmonieux si les notes qui le composent forment un tout. Il sera dissonant si est incorporée à lui une note étrangère, qui va perturber son équilibre (En harmonie tonale, une note étrangère ou note ornementale est une note qui ne fait pas partie d’un accord tout en étant reliée mélodiquement aux notes réelles d’un accord).

La globalisation, c’est aussi déconstruire la façade qui nous est proposée par le patient, pour en voir toutes les facettes, comprendre le patient et pas uniquement sa maladie, créer avec lui une alliance thérapeutique par sa compréhension de notre inconditionnelle bienveillance. Entendre et reconnaitre les sons cachés participe à la prise en charge centrée sur le patient, qui fait toute la valeur de la Médecine Générale.

-Elle est revenue, avec son mal de ventre, et à présent, les questions deviennent ouvertes. L’ornement de son mal être s’expose, elle parle, se raconte, se confie presque. Depuis cette IVG, depuis cette grossesse non désirée, depuis sa mère qui en a fait 6 et à qui elle ne voulait pas ressembler. Depuis son mari qui l’a laissée décider seule, mais qui ne l’a pas accompagnée. Juste retrouver les notes dans l’accord, et repérer la dissonance. Le ventre fera moins mal, et elle sait pourquoi.

-L’adolescent est revenu seul cette fois-ci. Il parle de son père qu’il a très peu connu, de son beau-père très autoritaire, de sa mère qui ne veut pas perdre ce nouveau conjoint, et du bébé qui va arriver. Il parle, et j’entends les notes se détacher l’une de l’autre.

-Son dos lui fait toujours mal, mais il a décidé de se raconter, et de parler de ses conditions de travail, du rythme sur la chaine à l’usine, des diplômes qu’il n’a pas et de l’avenir qui lui parait si difficile avec l’âge qui avance. Il pense qu’il devrait se recycler, quitter cette usine, ce travail et réaliser son rêve de devenir cuisinier.

En harmonie tonale, un accord désigne une combinaison d’au moins trois notes simultanées formant un tout

Un accord non classé est appelé «agrégat»

La dictée d’accords est une façon de faire parler celui qui n’a pas de voix

 

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