Anonymous

Derrière la forêt, dans le creux de la vallée, les oiseaux se sont tus. Le jour pointe. Pierre replie la lame de son couteau, prend sa besace, et part couper des herbes.

Bienvenue à vous tous dans notre établissement, je me présente : « BigDoc », votre Président. Cet établissement est à la pointe de la recherche multi-diagnostics et représente ce qui se fait de mieux dans le domaine de la Santé. Voulu par les instances sanitaires, validé par le Ministère et reconnu par l’Union Générale des Mutuelles, nous sommes conformes à la norme Iso2050, qui fait à présent office de référence en soins primaires.

Vous faites partie de la nouvelle génération des acteurs de soins de premier recours, issus du Concours Classant Européen, et vous représentez la crème de la Médecine 3.0, le fer de lance de la future pratique Médicale de diagnostic et de traitement. Vous possédez le nouveau diplôme  d’ «ingénieur en diagnostic et traitement », et avez validé les 2 années de formation médicale assistée par ordinateur. Vous représentez le bras armé de la synthèse des connaissances médicales « Google compatible », et avec l’aide de notre serveur dédié : « Dr. WATSON », vous allez pouvoir mettre en pratique toutes vos connaissances.

Prenez possession de vos bureaux du 1er étage, installez-vous, nous nous retrouverons à 16h.00 pour le pot de bienvenue.

 

Pierre sort de sa besace les feuilles fragiles et les écorces précieuses et les dispose délicatement sur le séchoir dans la grange. Il allume son ordinateur et se connecte pour le cours qu’il donne en ligne, sur le site « Medical-Anonymous ».  Demain, il reprend le travail au Bigmédical Center, de l’autre côté de la forêt, en ville.

 

Porter le titre de «  Médic », c’est une consécration, un emploi au Bigmédical Center bien rémunéré, très encadré, avec des possibilités d’évolution, d’amélioration de son statut et de son salaire, et un plan de carrière qui, enfin se profile après toutes ces années d’étude en informatique, en algorithmes  et en rudiments médicaux. Ici, à chaque étage, un grade. On commence par travailler au premier, puis on grimpe, en fonction de l’ancienneté, des bons résultats par rapport à la statistique de normalité, et surtout en fonction de l’aptitude à se servir des algorithmes du : « Dr. WATSON », robot serveur de gestion des connaissances médicales, dont nous arrivons à la version 20.2, toujours plus rapide, toujours plus compétent, et efficace …et économique.

Le parcours de soin du patient entrant au Bigmédical Center est bien établi : à son arrivée, au rez-de-chaussée, il remplit son formulaire en ligne (relié en direct à «Dr. WATSON») et le serveur commence son travail d’analyse. Au fur et à mesure du remplissage, après la Biométrie mécanisée indispensable, le relevé des motifs de visite et des plaintes du patient, la machine propose des hypothèses diagnostiques, et indique les examens complémentaires pour étayer le diagnostic final.

C’est à ce moment que le « Médic » intervient, pour cautionner les demandes d’examen, et donner l’orientation finale à l’assistant d’aide au diagnostic.

A chaque étage, tous les bureaux sont identiques, en surface, couleur, ameublement, écrans et jusqu’au crayon et gomme, dont personne ne se sert plus. Les mini unités centrales sont reliées au serveur central, «Dr. Watson», qui gère et propose les conduites à tenir. Le « Médic» valide ou pas (le plus souvent, il valide), en recevant le patient dans son bureau où une table d’examen sensitive auto-examinatrice trône mais n’est que rarement utilisée, en faisant avec lui la synthèse du dossier (le plus souvent en appuyant sur la touche valider), récupère la signature électronique du patient, et lance la prescription de traitements qui l’attendront avant la sortie, au guichet avant la caisse virtuelle. Le patient ne paye rien, tout est couvert par la caisse et la mutuelle, si le logo «Dr. WATSON»  vient bien valider l’acte ; pour peu que le patient vienne bien régulièrement à ses rendez-vous, dans les centres agréés comme celui-ci, ce que font 99,9% des patients. Parfois on voit des publicités pour des médecins satellites, qui remettent à la mode la médecine d’antan, mais les gens ne se vantent pas d’aller les voir, obligés qu’ils sont de se rendre dans un « Big Médical Center » au moins 1 fois par an pour valider leurs droits aux prestations sociales.

17h30, Pierre sort de son bureau du 2éme étage du bâtiment  Big Médical Center, qui en compte 12, trop peu dans la norme pour monter en étages. Quand il travaille au centre, il dort sur place, dans un studio mis à disposition par la compagnie, 15m² au 11éme étage, 4 nuits par semaine. Ce soir, il a rendez-vous avec certains de ses collègues de travail dans 1 bar non loin du centre. Ils boivent un peu et échangent à propos de leur métier, leurs pratiques, histoire de parler un peu Médecine, avec des bouts de dossiers sortis en douce de la machine ; ils forment, comme ils disent un groupe de pairs, où la parole est reine, et « Dr. WATSON » absent. Demain, il rentre à la maison dans la clairière, pour 2 jours entiers qu’il va consacrer à la lecture de vrais livres, à sa collection de plantes médicinales, et à une formation qu’il organise de plus en plus souvent.

« Message de service ! »

On nous signale de plus en plus de cas de patients du centre qui refusent les examens proposés par « Dr. WATSON » issus des données récoltées par les fiches standardisées, et qui demanderaient d’abord à être «  examinés » par un médecin dans les bureaux de consultation.

Ces cas deviennent significatifs statistiquement et doivent être absolument signalés à l’administration grâce au formulaire Dr.W. 665B que vous trouverez dans l’onglet «  évènements indésirables » de la fiche initiale des dossiers patients.

Bonjour, je suis heureux que vous ayez pu trouver l’endroit, je pense que les repères que j’ai laissé sur la route vous ont été utiles et j’espère que le symbole du bâton surmonté du miroir de la prudence, autour duquel s’enroule une couleuvre restera comme signe de reconnaissance entre nous.

« La Séméiologie est la partie de la médecine qui étudie les signes (traduisant une lésion ou le trouble d’une fonction) que peut relever le médecin à l’examen clinique (signes fonctionnels, signes physiques et signe généraux) ou avec des examens complémentaires (imagerie, biologie.) Elle étudie également la manière de les relever (interrogatoire, examen physique, examens complémentaires), et de les présenter (écriture d’une observation, regroupement en syndromes), afin de poser un diagnostic ».

Comme je vais avoir du mal à me rappeler vos prénoms, vous devenez si nombreux, et que vous dormez sur place, je vais vous appeler simplement les « internes » cela vous va ?

Les 2 étudiants, serrés sur le banc dans la grange, au milieu d’une vingtaine d’autres, chuchotent pendant que Pierre reprend son souffle. «  C’est la deuxième année que je viens et à chaque séminaire, il commence par la même introduction… j’adore ce type ! » …des Chut Chut  fusent du petit amphithéâtre, Pierre poursuit.

La machine est très puissante, elle peut nous être d’une aide précieuse, mais la Médecine, ce n’est pas que de la statistique et des chiffres, il y a une part de non-dit, une part de contact non verbal, qui peut apprendre beaucoup aux soignants que vous serez. Posez vos questions, n’ayez pas de croyance absolue, servez- vous des chiffres avant qu’ils ne se servent de vous, examinez, critiquez, et réévaluez encore et encore.

Ce premier séminaire de l’année portera sur l’examen clinique, qui est, à mon sens, indispensable à l’élaboration d’un Diagnostic Médical…….

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