Alcools

— Le premier, c’est soit le matin avec les collègues en allant au boulot, chez la mère Ninette ; elle est gentille, la mère, elle offre toujours la sienne, quand on est chez elle ; enfin quand on est plusieurs.
Mais le plus souvent, c’est vers 11h30, avant le casse-croûte. Là, le Toine, il va dans son vestiaire, et il sort sa bouteille « d’eau minérale de la mort qui tue », c’est comme ça qu’on appelle le pastis qu’il fabrique avec la poudre et l’alcool à 70° dans la remise de son garage. On ne sait pas comment il l’a, la poudre, parce que nous, et bien on n’a jamais réussi à en avoir, même en payant alors que lui, on dirait qu’il le reçoit par colis tellement il peut en faire, du « Pastis du Toine ». On dit « eau minérale » en rigolant, parce que le Toine, il le met toujours dans 1 bouteille plastique d’eau minérale, et comme ça, les chefs, ils ne voient pas que c’est de l’alcool.
On en boit 1, puis deux, enfin plusieurs, comme c’est gratuit. Des fois, on choppe 1 jeune intérimaire, et on l’invite à l’apéro, histoire de dire qu’on est sympas.
Après, on mange, vite, parce que la pause a été réduite pour que la chaine ne soit pas arrêtée trop longtemps ; et là, comme il y a les chefs, on ne boit rien, sauf quand il y a quelque chose à fêter ; là, on peut.
Quand la journée se termine, souvent, enfin tous les jours, presque, on se retrouve avec les copains autour d’une bière dans l’autre bar du village, pour ne pas vexer ; on a notre circuit…
Et puis c’est la maison, où les enfants rentrent de l’école, et font leurs devoirs en attendant de souper. Avec ma femme, on boit un coup, en attendant que la table soit prête ; elle boit son sirop, et moi, je bois un vrai Ricard, pas 1 frelaté comme celui du Toine, 1 ou deux, des fois plus.
Le Dimanche, on va voir le Foot avec les gosses, après-midi, et j’ai ma place à la buvette, on taille l’arbitre et les joueurs, en buvant des galopins. Des fois, on s’échauffe, à cause d’une faute, ou d’1 mauvais geste, et puis avec les bières, on monte vite… alors, on se frotte un peu avec les autres, et puis on va boire 1 coup, après.
« Marcel, enfant du village ».

— Je n’ai jamais bu d’alcool avant mes 18 ans, enfin pas souvent, quelques bières de temps en temps, avec les copains du lycée, ou les camarades de faculté. Une fois marié, diplôme en poche, j’ai intégré une grande entreprise, avec beaucoup de travail, de pression, et des résultats à rendre, des objectifs à tenir.
Il y a quelque temps, j’ai pris l’habitude, le soir, en rentrant du boulot, de boire 1 bière, pour me détendre, juste comme ça, les collègues m’avaient dit que cela marchait bien, la bière du soir.
Et puis, j’ai découvert qu’un « petit whisky », me faisait plus de bien que la bière, alors j’ai commencé à me servir un verre en rentrant, 1, puis 2, occasionnellement, de temps à autre, et puis à présent, tous les soirs.
Je peux facilement me payer l’alcool que je consomme, et j’ai le temps de faire cette pause qui devient si agréable. Lors des réunions, lors du travail, pas une goutte, mais entre amis, quand nous nous rencontrons pour le tarot mensuel, la bouteille part vite, des fois trop vite ; alors, on prévoit large, chacun en apporte une.
J’ai une bonne cave, où je range et j’étiquette des bouteilles de rouge et de blanc, que j’ouvre pour les repas, ou pour les goûter, parfois avec madame, parfois seul. Le soir, au diner, on ouvre souvent une bonne bouteille, elle en boit un verre, et je finis le reste le soir ou le lendemain.
Si je bois tous les jours ? Oui, souvent, tous les jours c’est exact. Mais je pourrais ne pas le faire, cela ne m’est pas indispensable ; juste… agréable.
C’est sûr que certains matins, je ne suis pas très frais, après de bonnes soirées entre amis, parce que, je l’avoue, je ne sais pas m’arrêter ; si l’ambiance s’y prête, je bois souvent trop. Ma femme me le dit de plus en plus souvent, elle me le reproche, même ; mais elle ne comprend pas la difficulté de ce job, et quand elle m’en parle, elle se braque contre moi, et l’ambiance vire au vinaigre rapidement. Du coup, et bien j’évite de discuter avec elle, elle ne comprend rien.
Mes collègues, le midi, à la cafétéria, devant notre quart de rouge, ou de rosé en été, ils savent bien que la pression est forte, il y en a même qui, pour tenir, sont passés à des choses plus dures, cocaïne, et autres. Moi, je ne touche pas à la drogue, je ne le ferai jamais, je pense, mais je n’ai jamais essayé alors je ne sais pas ce que cela me ferait.

J’ai découvert une petite merveille de whisky, je vous la ferais goûter, si vous voulez un jour…
« Emmanuel, cadre »

Toute consommation d’alcool est une expérience de psychotropie faisant de chaque consommateur à un moment de son histoire selon son cadre et son environnement, un sujet en « risque » de vouloir ou de devoir renouveler cette expérience vécue, initialement, comme positive.
Baudelaire « les paradis artificiels »

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