A tire d’Ailes, d’Elle

La journée s‘étire, comme un chemin long, sinueux et parfois rude. Ils sont venus, ils sont passés, se sont montrés, se sont plaints, ou ont ri, pleuré, gémi, et enfin exprimé ce pourquoi, ce pour qui, ce qui fait, ce qui fut.

Pause technique, un peu de vide dans cette foule dense, un café qui fume, des papiers à scanner, des messages à lire et à devoir répondre.

Le temps passe, cette pause tombe bien.

Et bien non ! La sonnette retentit, crue et douloureuse, inattendue et dérangeante.

D’abord l’odeur : un mélange d’eau de Cologne et de gingembre, aux relents citronnés ; pas agressive, mais au contraire légèrement musquée. J’inspire profondément, et cette senteur calme mon agacement .

Mon regard se porte sur la paire de bottines noires aux hauts talons qui se poursuivent par des jambes laiteuses aux genoux découverts. La robe est noire, décolletée sur un objet doré que je n’ose fixer.

Son visage me sourit, en découvrant mon trouble ; ses yeux sont deux puits dans lesquels il serait bon de tomber, je le sens. Du bleu entoure les billes noisettes qui me fixent à présent, ses yeux rient, vraiment.

Il faut que je parle : «  bonjour, que puis-je pour vous ? »

« Pouvez-vous me prendre maintenant ? » dit une voix à l’accent du sud, chantant et chaud.

 Je vais tomber… jamais je ne pourrai lui dire ce qui me passe par la tête, jamais je n’oserai tendre la main pour « la  prendre ».

Je lui fais signe d’entrer dans le bureau, et suis noyé d’effluves ; le vent du désert se lève dans ma tête ; elle tourne la tête et me regarde, je fonds. Je suis un voyageur assoiffé qui découvre une oasis de verdure et de fraicheur ; je suis, je ne suis plus rien.

Elle est assise devant moi, ce sourire aux lèvres, comme un défi. Je ne dis rien, je la regarde, je la contemple. Je la bois du regard, je respire son odeur et l’imprime dans mon corps, pour la garder encore plus longtemps.

Elle sourit, puis décroise ses jambes pendant que je m’asphyxie, se lève, contourne le bureau, dernier rempart de mes scrupules et s’approche tout près de mon visage. Son souffle divin me donne la vie et me l’enlève à la fois.

 Elle me parle , ses mots s’enchaînent aux miens, la mélodie de sa voix me porte dans d’autres lieux ; la flûte du désert prend des accents suaves et sucrés.

Je vais, je peux, je …

Cette sonnette qui retentit dans le silence de mon sommeil lourd !!!

J’ouvre les yeux, Elle est partie.

J’ouvre la porte, personne.

J’ai donc rêvé ?

 Seul sur le sable, les yeux dans l’eau…

« Cela sent très bon dans cette salle d’attente ! »  ….

« Vous aussi, vous trouvez ? » 

 

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